Mourir de faim ou du Covid-19 ?

Article non sponsorisé

Noël approche et quelques kilos devront se perdre après les fêtes. Ceux que nous n’aurons pas pu éliminer, les campagnes publicitaires annonçant les vacances d’été nous aiderons à les faire disparaître à grands coups de pilules magiques. Mais cette année, Noël est quelque peu chamboulé par un virus nommé Covid-19. Nous entendons déjà les plaintes de ceux qui aimeraient être plus de six adultes autour de la table du réveillon. Mais qu’ils se rassurent, les enfants ne comptent pas et nous sommes tous de grands enfants, n’est-ce pas ?

Six personnes… Ce nombre est assez proche de sept… et sept est le nombre de décès à Taiwan dû au Covid-19 à l’heure où j’écris cet article. Lorsque j’en parle autour de moi, je sens de la défiance. Normal ! Les media en parle assez rarement et notre gouvernement se borne, la plupart du temps, à comparer la France aux autres pays européens. Lorsqu’il mentionne les pays asiatiques, il oublie de citer le cas exceptionnel de Taiwan. Pourquoi ? Deux raisons s’imposent.

La première est d’ordre politique et diplomatique puisque la France ne reconnaît pas Taiwan. Le pourquoi est expliqué dans l’article intitulé « Du Larousse Manuel Illustré de 1962 à la loi de sécurité nationale imposée par Pékin à Hong Kong en 2020« .

La seconde, bien qu’hypothétique me semble convaincante : comment ne pas passer pour l’un des derniers de la classe alors qu’un pays d’environ 24 millions d’habitants ne compte que 7 décès dû au Covid-19 ?

Si nous faisions une petite règle de trois pour connaître de nombre de victimes du Covid-19 en reprenant les chiffres de Taiwan pour la France, nous aurions environ 21 personnes décédées dans notre cher Hexagone ! Nous approchons aujourd’hui des 63.000 morts ! Sacrée différence…

Alors mes détracteurs signalerons que Taiwan est une île et qu’il est plus aisé d’agir contre une pandémie sur une île que sur un continent. Il faut savoir que Formose est une île longiforme du Nord au Sud d’une superficie à peu près égale à celle de la Belgique. Elle est traversée de part en part sur toute sa longueur par une chaîne montagneuse. Les 24 millions de Taiwanais sont donc répartis sur les grandes plaines de l’Ouest et sur une toute petite partie à l’Est où les montagnes ne laissent que peu de place à l’urbanisation.

La densité de population est donc très importante à Taiwan. En France elle avoisine les 120 habitants au kilomètre carré, alors qu’à Taiwan elle était de 632 habitants au kilomètre carré en 2007. Faut-il préciser que les deux plus grandes villes de l’île avoisinaient alors « 10 000 habitants au kilomètre carré » [TAIWAN INFO 2007 (4 avril)]. Je vous laisse imaginer le nombre de décès hypothétiques que nous aurions pu avoir dans notre Hexagone si la densité de population était la même qu’à Taiwan.

Admettons qu’une île n’est pas comparable à la France. Alors comparons ce qui est comparable : la Guadeloupe est une île et elle compte en ce moment 151 décès liés au Covid-19. Sa densité de population est d’environ 232 habitants au kilomètre carré, soit presque deux fois plus qu’en France métropolitaine. Mais le nombre d’habitants en Guadeloupe est, selon l’INSEE en 2020, de 396.153 habitants ! Avec une règle de trois, si Taiwan avait le même pourcentage de décès, l’île de Formose compterait déjà 9.147 morts. Concernant les chiffres de la Guadeloupe, je ne sais pas s’il s’agit des décès sur l’île ou du nombre de Guadeloupéens décédés du Covid-19. En effet, les infrastructures hospitalières de Guadeloupe sont loin d’être performantes car délaissées par nos gouvernements successifs. Lors des deux premières vagues de Covid-19, il a fallut évacuer les malades en dehors de la Guadeloupe et je ne puis dire si les malheureuses victimes du virus qui furent exilées ont été comptabilisées sur leur lieu de trépas.

Mais inversement, si le nombre de décès en Guadeloupe était du même ordre que celui de Taiwan, il y aurait eu entre 0 et 1 mort en Guadeloupe ! Cela fait réfléchir, non ?

En fait, cette petite démonstration quelque peu macabre n’a pour but que de mettre en exergue un fait qu’il faudra méditer dans les années à venir : pour éviter une pandémie, il faut agir dès qu’il y a soupçon de risque pandémique et non attendre qu’elle s’installe. C’est ce que Taiwan a fait. Une fois la pandémie en place, il n’est possible que de la ralentir, gérer les flux et attendre un vaccin, une immunité collective… en trois mots : compter les morts !

Le rapport à la mort est étrange en France. La mort ne semble bien vivante que depuis l’apparition du Coronavirus. A l’instar de la fin de vie, de la maladie et de la vieillesse, elle se cachait d’habitude. Nous avions presque l’impression qu’elle n’existait plus. Et maintenant, elle devient insupportable. Et, Ô malheur, ce Satané Virus et son cortège de victimes vient troubler notre réveillon de Noël ! Nous qui aimons nous remplir la panse d’huîtres et de foie gras ! Halte là ! Nous affligeront de reproches les extrémistes du « bon manger » ! Vous avalez des animaux vivants ! Vous gavez oies et canards ! Mangeons sainement ! Goûtons aux joies du steak végétal ! Que d’hypocrisie…

Oui ! Que d’hypocrisie ! Car la bonne question n’est pas de savoir si nous mangeons sainement, si nous mangeons bio ou non, si nous mangeons viandes ou légumes mais de savoir si tous, autant que nous sommes, mangeons à notre faim. Nos discussions sur la nourriture saine ne sont que préoccupations de pays riches. Ayons la décence de ne pas nous entre-déchirer au sujet de ce qu’il faut ou ne faut pas manger.

Comme Noël approche, voici deux cadeaux pour vous, chers lecteurs. Le premier est une phrase en chinois que j’aime particulièrement et qui signifie « comment vas-tu ? » : 你吃飯了沒有 ? Traduite littéralement, cela donne : « As-tu mangé ?« . S’inquiéter du ventre de son interlocuteur est loin d’être une idiotie.

Mon second cadeau est un petit article trouvé au fil de mes lectures. Un tout petit encart qui m’a touché de par son thème et son actualité bien qu’il ait été écrit en 1900, il y a donc 120 ans.

Personne ne connaît Denis VANDESCALLE. C’est un oublié de l’Histoire dont la mémoire ne tient qu’à quelques lignes dans des journaux d’une époque révolue que personne ne lit plus. Peut-être a-t-il été le pire des salauds. Peut-être a-t-il été le meilleur des Saints Hommes. Peu importe. Une chose est certaine, personne ne devrait connaître une telle mort. Pourtant, l’encart que vous allez découvrir sera repris dans quelques jours, dès que le froid viendra glacer les sangs des plus démunis. Seuls les noms changeront. Et malgré les laissés pour compte qui tomberont, entre deux réveillons nous pesterons contre le Coronavirus.

Denis VANDESCALLE n’est peut-être pas mort pour rien. Qui sait si la magie de Noël peut encore opérer dans ce nouveau millénaire qui semble pourtant être né sous le signe de l’Egoïsme et de l’Hypocrisie.

En cliquant sur la photo de l’article vous serez redirigés sur Gallica. Pour une lecture plus agréable, l’article est recopié mots pour mots à côté de sa photo.

Extrait du journal Le Matin du 21 novembre 1900, colonne 5, p. 2 « Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France »

« Mort de faim. – Quelque incrédules que puissent se montrer certains esprits optimistes, il est absolument évident qu’à notre époque il y a encore des malheureux qui meurent de faim. C’est ainsi qu’un vieillard de soixante-dix-neuf ans, nommé Denis Vandescalle, vivait depuis longtemps de la charité des voisins. Il logeait au fond d’une cour de la rue Grégoire-de-Tours, dans une petite pièce sans air et sans lumière. L’âge et la maladie le retenant toute la journée dans son misérable logis, il ne put bientôt plus aller solliciter les bonnes âmes qui l’avaient aidé à vivre jusqu’alors. Hier matin, le pauvre vieux a été trouvé mort dans son taudis. A l’examen de son cadavre, réduit à l’état de squelette, le médecin a déclaré que Denis Vandescalle était mort d’inanition. »

Si un jour, vous passez par la rue Grégoire-de-Tours à Paris, vous aurez peut-être une pensée pour tous les Denis VANDESCALLE, ces anonymes qui tombent la faim au ventre. Heureusement pour nous, leur décompte n’est pas actualisé en temps réel et véhiculé par nos media car le nombre de victimes totales à l’échelle mondiale du Covid-19 sembleraient bien peu comparé au nombre de ceux qui meurent de faim ou de malnutrition sur notre planète Terre.

Joyeux Noël !

Patrick Le Chevoir

Droits d’auteur : tous droits réservés.

Pour citer cet article : LE CHEVOIR Patrick, 2020, « Mourir de faim ou du Covid-19 ? », in livresquejaime.fr, https://livresquejaime.fr/2020/12/19/mourir-de-faim-ou-du-covid-19/

Bibliographie

INSEE, 2020, « Recensement de la population – Arrondissements – cantons – communes – 971 GUADELOUPE« , document pdf, VII et 4 pages, in https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/4265439/dep971.pdf

LE MATIN, 1900 (21 novembre), A 17, n° 6114, colonne 5, p.2

TAIWAN INFO, 2007 (4 avril) « Taiwan au deuxième rang pour la densité de population« , in taiwaninfo.nat.gov.tw, https://taiwaninfo.nat.gov.tw/news.php?unit=59,78,84,90,182,84&post=58519#:~:text=Avec%20632%20habitants%20au%20kilom%C3%A8tre,985%20habitants%20au%20kilom%C3%A8tre%20carr%C3%A9.

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