Taïwan et ses noms à travers l’Histoire – 2

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Voici la suite du chapitre intitulé De Belle-Iſle à Taïwan en passant par Tayoan et Formosa dans lequel nous avons abordé l’histoire des différentes graphies ayant servi à nommer l’île de Formose actuellement plus connue sous le nom de Taïwan.

Sommaire du Chapitre II


CHAPITRE II

De Paccande à Taïwan en passant par Paccahimba et Theovan

Dans ce deuxième chapitre, nous porterons notre attention sur le toponyme « Paccande » que nous avons déjà rencontré.

Ici encore, nous traiterons de ce sujet par le biais de l’Histoire et nous laisserons temporairement la cartographie de côté pour la retrouver au chapitre III. Comme dans le premier chapitre, nous respecterons les graphies anciennes du Français.

Par souci d’exactitude et ne sachant pas si vos ordinateurs sont compatibles avec les anciennes graphies du François, il vous sera loisible découvrir les textes anciens originaux à l’aide d’extraits provenant de l’excellent travail de la Bibliothèque Nationale de France sur le site gallica.bnf.fr dont je ne taris pas d’éloges.

Les différentes graphies déjà rencontrées dans le premier chapitre pour désigner Taïwan

Voici un tableau synthétique des différentes graphies que nous avons déjà rencontrées :

Les différentes graphiesCorrespondance en Chinois
Les différentes graphies du toponyme TaïwanTayoan
Taywan
Thaï-wan
Tai Ouan
Taiouan
Tay-ouan

Les déclinaisons, les synonymes et les traductions du toponyme FormosaFormosa
Formose
Hermosa
Isla Hermosa
Belle-Isle
Les différentes graphies lorsque le terme Ryukyu désigne TaïwanTalieukieu
Liéou-kiéou
Tà Liéou-kiéòu
Lequeio


Autres noms occidentaux qui désignent TaïwanPaccande?
Autres noms chinois qui désignent Taïwan基隆 (nom de l’actuelle ville de Keelung) – Toponyme utilisé sous la dynastie Ming.
Tableau des différents toponymes et graphies qui ont servi à désigner Taïwan déjà abordés dans le chapitre I.

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Paccande, Paccandi et Paccahimba – 1893

Camille IMBAULT-HUART, dans son ouvrage « L’île Formose : histoire et description » de 1893 confirme l’utilisation du nom Paccande pour désigner Formose et même celui de Paccandi. L’auteur s’appuie sur les dire des Hollandais du XVIIe siècle pour l’utilisation de ces deux graphies. Il nous apprend aussi l’existence d’une autre dénomination : Paccahimba. Cette mention, selon IMBAULT-HUART, provient d’un voyageur du XVIIIe siècle : le comte BENYOWSKI. [IMBAULT-HUART Camille, 1893: 152]

Notons que l’auteur de « L’île Formose : histoire et description » signale que ces noms semblent inconnus des aborigènes de l’île au moment où il rédige son étude sur Taïwan. Par contre, il avoue ignorer comment ces derniers nomment l’île et avance même la thèse qu’ils n’ont pas de terme pour la désigner. Cette thèse s’appuie, entre autres, sur l’absence d’écriture parmi les différentes tribus aborigènes de Formose.

Naturellement, en remontant le temps, les concepts d’une époque passée peuvent heurter un esprit contemporain lorsqu’il n’est pas habitué à l’exercice. Ici les aborigènes sont désignés comme étant des sauvages et les préjugés de cette période sont largement partagés à la fin du XIXe siècle. C’est ainsi, l’Histoire ne doit pas être réécrite pour autant, elle doit être étudiée, c’est tout. Nos concepts contemporains se posent à l’entrée des bibliothèques pour l’Historien, comme nos cosmogonies et nos coutumes sont laissées à la maison lorsque l’Ethnologue part étudier un groupe humain.

A Taïwan, lorsque les Occidentaux, les Chinois ou les Japonais du XIXème et début du XXème siècle rencontrent des aborigènes qui décapitent leurs ennemis, l’utilisation du terme « sauvage » ne doit pas les choquer outre mesure. En France, lorsqu’un Professeur d’Histoire, Samuel Paty, est décapité en pleine rue, certains osent parler de barbarie. En 2020, dans notre pays, il ne s’agit ni d’un acte de barbarie, ni d’un acte de sauvagerie mais il s’agit d’un acte monstrueux. La sémantique est importante ! Le barbare comme le sauvage n’agit pas hors l’Humanité. Le monstre la quitte.

Paccande – 1759

Lors du premier chapitre sur Taiwan et ses différentes graphies et noms, souvenons-nous de la mention « Paccande » trouvée dans le dictionnaire datant de 1759. Elle désignait, selon l’entrée, la manière qu’avaient les Chinois de nommer l’île de Taïwan. [ Louis MORERI (Tome 10) 1759 : 59] Essayons maintenant de retrouver d’autres mentions de ce toponyme à travers les siècles afin de comprendre d’où il provient.

Paccanda – 1729

En 1729, dans son ouvrage dont le titre principal est « Le Cuirieux Antiquaire« , Pierre-Louis BERKENMEYER mentionne dans le Tome III page 873 le nom de Paccanda à propos de Formosa aussi dénommée Belle Ile :

« L’on dit auſſi Paccanda : mais le nom de Formoſa lui eſt venu de ſa beauté […] »

Extrait du livre (Tome III) de Pierre-Louis BERKENMEYER, « Le Curieux antiquaire, ou Recueil géographique et historique des choses les plus remarquables qu’on trouve dans les quatre parties de l’univers ; tirées des voiages de divers hommes celébres. » 1729 – accessible sur gallica.bnf.fr.

Nous pouvons imaginer que Paccande a une sonorité plus française que Paccandi ou Paccanda dont les consonnances sont plus exotiques, comme peut l’être Formosa comparée à Formose. Il n’est pas étonnant que nous trouvions une autre graphie avec la lettre O pour finale dans les exemples qui suivront.

Pacanda – 1718

Retracer l’Histoire d’un nom et de ses graphies nous dévoile l’élasticité d’une langue lorsqu’elle est confrontée à un ailleurs synonyme d’exotisme. Plus les distances sont importantes, plus les désignations sont changeantes.

Extrait : Le Grand dictionnaire historique ou Le mélange curieux de l’histoire sacrée et profane. Tome 1 page 823 – Louis MORERI, accessible sur gallica.bnf.fr

La notion de distance est essentielle en Histoire à condition d’aborder de le concept de Distance-Temps. A l’heure où la vitesse de l’écriture avoisine celle de la lumière par le biais d’Internet, n’oublions pas qu’une missive mettait des mois voire des années pour arriver à bon port ! Nous devrions même ajouter : lorsque le pli arrivait ! La notion Distance-Parole abolie par nos téléphones ne doit pas nous faire perdre de vue que se parler nécessitait la présence physique de deux personnes en un même lieu. Il nous faut rester humble face à la maturation d’un mot qui prenait le temps d’affronter les typhons, les tempêtes, les guerres, le scorbut et la piraterie.

Dans notre exemple, proclamer que Pacanda a perdu un c durant son voyage est plus reconnaissant que d’affirmer qu’il s’agit d’une faute d’orthographe.

Notons au passage que l’entrée du dictionnaire de 1718 nous offre deux graphies différentes pour l’éponyme de Taïwan que nous avons déjà rencontrée (voir le premier article de cette série sur les différentes appellations de Formose). Ajoutons donc Taivan et Theovan dans notre besace toponymique en prenant soin de ne pas la refermer pour autant !

Les amoureux de la faune et de la bonne chair auront certainement remarqué la mention des « chevaux ſauvages, qui ont un bois ſur la tête, comme les cerfs, & dont la chair eſt délicate ».

Paccando – 1686

Page 267 du Tome I intitulé « Ambassades de la Compagnie Hollandoise des Indes d’Orient vers l’Empereur du Japon » , nous trouvons la mention Paccando. Cet ouvrage a été édité en 1686 soit 62 années après que les Hollandais se soient installés sur la côte Sud Sud-Ouest de Formose.

A propos des Hollandais :

« […] ils découvrirent l’Iſle de Formoſa, où ils aborderent.

Cette Iſle, que les Chynois appelle Paccando, s’eſtend en longueur, de l’Orient juſques vers le Spetentrion, & du Sud vers l’Occident, environ trente deux lieuës, & elle en a 130. de circuit : Ses montagnes ſont fort eſlevées […] »

Extrait du Tome I de l’ouvrage « Ambassades de la Compagnie Hollandoise des Indes d’Orient vers l’Empereur du Japon » , accessible sur gallica.bnf.fr

Notons que les différents ouvrages s’accordent sur le fait que les termes Paccando et ses dérivés sont les noms qu’utilisent les Chinois pour désigner Taïwan. Mais, pour avoir consulté plusieurs ouvrages à travers les siècles, je me méfie un peu de cette affirmation car toutes sont construites de la même manière. La notion de droit d’auteur n’a pas toujours été l’apanage des temps anciens ! Il nous arrive parfois de nous retrouver face à des pages et des pages entièrement recopiées d’un livre à l’autre sans qu’il soit mention de citation. Dans notre cas, il nous faudra retrouver la source mère pour mieux comprendre d’où vient ce nom.

Paccanda et Wouter SCHOUTENS – 1708

Dans l’extrait suivant, il s’agit d’un document en Néerlandais datant de 1708 qui paru sous le titre « Reys-Togten naar en door Oost-Indien » . Nous y retrouvons l’occurrence Paccanda où il est également précisé qu’il s’agit d’un vocable utilisé par les Chinois . L’auteur de ce livre est Wouter SCHOUTENS. Cet ouvrage paraîtra en Français et portera le titre de « Voyage fait aux Indes orientales » sous un pseudonyme francisé : Gaultier SCHOUTEN.

Extrait du livre : Reys-Togten naar en door Oost-Indien, Wouter SCHOUTENS – 1708 – page 162, accessible sur books.google.fr

Gilles BOUCHER DE LA RICHARDERIE nous donne une indication importante en répertoriant le titre de l’ouvrage de Gaultier SCHOUTEN. En effet, dans le tome V de la « Bibliothèque universelle des voyages, ou Notice complète et raisonnée de tous les voyages anciens et modernes dans les différentes parties du monde » , Gilles BOUCHER DE LA RICHARDERIE note que les voyages de Wouter SCHOUTENS ont été réalisés entre 1658 et 1665. [ Gilles BOUCHER DE LA RICHARDERIE 1808 : 23]

Pour l’instant, nous arrivons aux mêmes conclusions que Camille IMBAULT-HUART, à savoir que le terme Paccanda est utilisé au XVIIe siècle par les Hollandais.

Topo sur Paccanda et Compagnie

Il arrive que les recherches piétinent et qu’il faille redoubler de patience en attendant qu’un indice vienne leur entrouvrir une porte restée jusqu’alors fermée. En vous partageant le fruit de mes recherches sur Taïwan, je tiens aussi à vous plonger au sein de mes propres doutes et de mes questionnements.

Le toponyme Paccande derrive-t-il vraiment du Chinois ? Aux vues des quatre différentes finales e, a, o et i ne sommes-nous pas à même de penser que les finales sont plus déterminées par la langue occidentale qui les emploie que par la véritable sonorité chinoise ?

Si les auteurs s’accordent sur le fait que les Chinois désignaient Formose sous le terme Paccanda et ses dérivés, de quelle langue Chinoise s’agissait-il ? Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédant, les langues chinoises ne sont unifiées qu’à l’écrit !

En décomposant ce toponyme nous pouvons présenter l’hypothèse suivante :

– La première syllabe Pa peut être attribuée à un phonème chinois restant dans la gamme des Pa ou des Ba en pinyin.

– La seconde syllabe Can pourrait, quant à elle, s’étendre aux phonèmes correspondant au pinyin Kan, Kang, Gan et Gang.

– En imaginant que la dernière syllabe en soit bien une en Chinois, nous pourrions dresser un éventail allant du Te au De en les déclinant à l’aide de toutes les voyelles disponibles dans le pinyin.

Que dire de Paccahimba dont Camille IMBAULT-HUART nous révèle l’existence ? Si j’écoutais mes oreilles, elles me diraient de m’intéresser à une langue chinoise venue du Sud mais certainement pas au Mandarin. Méfions-nous tout de même des intuitions. Nous ne pourrons certifier l’origine des Paccanda et Compagnie que lorsque nous trouverons les caractères chinois correspondants.

Paccahimba et le Comte BENYOWSKI – 1790

Grâce à Camille IMBAULT-HUART, nous savons que Paccahimba est lié aux voyages du comte BENYOWSKI.

En 1791 est édité en français l’ouvrage du Comte BENYOWSKI sous le titre suivant : « Voyages et mémoires de Maurice-Auguste, Comte de BENYOWSKY » . Nous remarquons l’orthographe différente du nom du comte qui se termine ici par un Y.

Nous y retrouvons le toponyme que nous recherchons :

« L’île de Formose est appelée par les Chinois Touai-Ouai, et par les naturels Paccahimba » [BENYOWSKY (Comte de) 1791 : 167]

Notons au passage que notre fameuse besace où nous rangeons les toponymes de Taïwan s’alourdit encore un peu avec Touai-Ouai. Relevons aussi que le toponyme Paccahimba se trouve coupé par un trait d’union par manque de place sur la fin de la ligne 12, ce qui donne l’agencement suivant :

« …………………Pacca- (ligne 12)

himba ………………… » (ligne 13)

Voyages et mémoires de Maurice-Auguste, Comte de Benyowsky, magnat des royaumes d’Hongrie et de Pologne, etc. etc. Contenant ses opérations militaires en Pologne, son exil au Kamchatka, son évasion et son voyage à travers l’Océan Pacifique, au Japon, à Formose, à Canton en Chine, et les détails de l’établissement qu’il fut chargé par le ministère françois de former à Madagascar Volume 2 est accessible sur books.google.fr

Passons maintenant à l’édition anglaise de 1790 dont le titre est « Memoirs and Travels of Mauritius Augustus Count de Benyowsky » . A la page 62, c’est au tour du terme Touaiouai d’être coupé en deux par manque de place sur la ligne 15. Ici nous l’écrivons en entier, car il nous semble rétablir l’orthographe originale puisque la partie coupée « ouai » s’écrit sans O majuscule :

« …………………Touai- (ligne 15)

ouai ………………… » (ligne 16)

Memoirs and Travels of Mauritius Augustus Count de Benyowsky est accessible sur books.google.fr

D’ailleurs, lorsque des revues littéraires s’intéressent au Comte de BENYOWSKY et qu’elles citent le passage que nous venons de mentionner sur les différents noms de Formose, certaines écrivent Touaiouai en entier sans séparation. (Cf. « The Analytical Review, Or History of Literature, Domestic and Foreign, on an Enlarged Plan » – Volume 6 de 1790 page 515 et « The Critical Review, Or, Annals of Literature » – Volume 69 de 1790 page 543).

Pacando et George PSALMANAZAR – 1707

Si vous étudiez le Chinois et que vous vous intéressez à Taïwan, peut-être aurez-vous entendu parler de George PSALMANAZAR (1679-1763) ?

George PSALMANAZAR est un Français du XVIIème – XVIIIème siècle né en Provence. Sa vie se résume en une multitude de supercheries dont la dernière le liera à tout jamais à l’Histoire de Taïwan bien malgré elle ! PSALMANAZAR est un nom d’emprunt qu’il utilisa pour se faire passer pour le premier habitant de Formose arrivé en Grande-Bretagne ! Cette supercherie n’est pas la première du genre car avant de prétendre être Formosan, il avait déjà trompé son monde en se faisant passer pour un Japonais !

Je vous conseille vivement de lire le chapitre « PSALMANAZAR OU LE JAPONAIS FANTASTIQUE » de l’ouvrage intitulé « Les grandes mystifications littéraires » [A. AUGUSTIN-THIERRY 1913 : 187-207].

George PSALMANAZAR écrivit un livre sur Formose se faisant donc passer pour un insulaire de cette contrée si lointaine ! Son écrit « An Historical and Geographical Description of Formosa, an Island subject to the Emperor of Japan » est donc un faux ouvrage sur Taïwan.

Certes, George PSALMANAZAR a une imagination débordante, allant même jusqu’à inventer une langue ! Mais le chercheur ne doit pas négliger une piste sous prétexte qu’elle est fausse ! A l’instar de l’Ethnologue qui étudie les mythes et les légendes, l’Historien doit se pencher sur tous les documents même ceux qui sont avérés être des faux. Enoncé autrement, George PSALMANAZAR a peut-être utilisé des termes liés à son époque qui pourraient nous être utiles.

Or, nous retrouvons à la page 145 de son livre sur son île de Taïwan imaginaire le toponyme Pacando ! Nous ne sommes plus à une graphie près car dans sa préface page VIII, il utilise le terme de Pak-Ando. Pour ces deux homonymes, l’auteur précise qu’il s’agit de la dénomination chinoise de l’île. A la suite de cette énième graphie, le mystificateur nous donne le nom de Gad-Avia comme étant le véritable nom utilisé par les Formosans pour nommer leur île ! [George PSALMANAZAR 1704 : VIII] Kaboski serait aussi, selon lui, un synonyme moins usité de Gad Avia, sans tiret cette fois-ci. [George PSALMANAZAR 1704 : 146]

Notre affabulateur nous donne une explication du toponyme Gad Avia (sans tiret) qu’il présente ainsi : Gad pouvant être traduit en Anglais par Beautiful (Belle) et Avia par Iſle (île). [George PSALMANAZAR 1704 : 145] Sommes-nous en présence d’un nom complétement inventé ou sommes-nous face à un toponyme bien réel utilisé par un menteur ?

Quelques siècles plus tard, en 1930, Ch. BASTIDE (il doit s’agir de Charles BASTIDE) utilise le nom de Gad Avia pour présenter aux lecteurs de la Revue des Sciences Politiques la célèbre mystification et le livre mensonger de George PSALMANAZAR. Mais, une erreur se glisse subrepticement sur l’autre graphie qu’il utilise pour nommer Formose, Pac Ando devient alors Pac Audo. Les u et les n ne font pas toujours bon ménage chez les imprimeurs [Ch. BASTIDE 1er janvier 1930 : 458]. Que Pak se transforme en Pac ou que Pacando s’écrive en deux mots, il ne s’agit là que d’élasticité linguistique.

N’hésitez pas à lire cet article intitulé « Un aventurier français en Angleterre au XVIIIe siècle » de Charles BASTIDE situé entre les pages 450 et 462.

Nous ne pouvons pas attribuer l’invention de Pacando à notre Provençal mythomane puisque nous avons déjà trouvé la trace de ce nom dès 1686 dans le tome I des Ambassades de la Compagnie Hollandoise des Indes d’Orient vers l’Empereur du Japon. De plus, suite aux voyages de Wouter SCHOUTENS qu’il a entrepris entre 1658 et 1665, nous pouvons penser que ce terme existait déjà avant 1686.

Par contre, le toponyme Gad Avia semble être une invention de George PSALMANAZAR. Qu’en est-il du toponyme Kaboski ? L’a-t-il emprunté à une de ses lectures comme il l’a fait pour Pacando ?

Puk-kando, Kaboski et Gadavia – 1776-82

Finalement, l’imposteur George PSALMANAZAR nous permet d’ouvrir d’autres portes sur les toponymes synonymes de l’actuelle Taïwan. Dans l’ouvrage intitulé Géographie de Büsching, Tartarie, Chine, Japon, Inde, Isles, Anton Friedrich BÜSCHING écrit :

« L’isle Formoſe eſt appellée Puk-kando par les Chinois ; ſes habitans lui donnent le nom de Kaboski, Isle principale, ou Gadavia, la belle Isle : ce dernier nom revient, pour le ſens, à celui d’Hermoſa que lui donnent les Portugais, & à celui ſous lequel on la connait en Europe […] »

Extrait provenant de l’ouvrage intitulée : Géographie de Busching. Tartarie, Chine, Japon, Inde, Isles / , abrégée dans les objets les moins intéressans, augmentée dans ceux qui ont paru l’être, retouchée partout, & ornée d’un précis de l’histoire de chaque état – BÜSCHING , Anton FRIEDRICH, M. BERENGER – Editions de 1776-1782

En une seule phrase, nous avons le droit à un florilège de noms ! Puk-kando, Kaboski et Gadavia ! L’auteur de cet extrait s’appuie certainement sur les dire de George PSALMANAZAR concernant Gadavia et Kaboski puisque concernant Gadavia, il lui donne la même signification : la Belle Isle ! Ici, Gadavia s’écrit en un seul mot, nous commençons à nous habituer ! Quant à Puk-kando, il agrandit la famille des dérivés allant de Pacando à Pak Ando.

Pekan, Pekando, Kaboski et Gadavia – 1874

Un siècle plus tard, l’American Cyclopaedia à l’entrée « Formosa » donne un aperçu des différents noms attribués à l’île de Taïwan :

– En Portugais : Ilha Formosa

– En Malais : Pekan ou Pekando

– En Chinois : Tai-wan

– Langue de la race guerrière des barbares de couleur cuivre : Kaboski et Gadavia

Naturellement, l’expression datée « warlike race of copper-colored barbarians » désigne ici les aborigènes de Taïwan. [American Cyclopaedia 1874 : 322]

Nous retenons un indice important, celui de la possible origine malaise des termes de la famille Pekan et Pekando. Notons que pour l’instant il nous est encore impossible de trouver la source d’une telle information.

Soulignons que nous ne pouvons ni infirmer ni confirmer que les termes Kaboski et / ou Gadavia proviennent d’une pollution due à George PSALMANAZAR. Finalement, l’ombre de cet imposteur est peut-être plus présente que nous ne pouvions l’imaginer. Alors, pour nous en débarrasser une bonne fois pour toute et assainir la recherche de la vérité sur les différents noms de Taïwan à travers les siècles, il nous faudra trouver les sources dans lesquelles le mythomane provençal du XIIIème siècle a puisé.

Dans le chapitre III, nous mettrons donc l’accent sur des œuvres antérieures à 1704 et nous nous appuierons cette fois-ci sur la cartographie sans négliger pour autant les sources écrites.

A suivre…

Patrick Le Chevoir

Droits d’auteur : tous droits réservés.

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