Une mare et ses animaux

Je vous propose de découvrir une réflexion sur l’eau et les animaux ainsi qu’une vidéo que j’ai réalisée l’été 2020 alors que la canicule frappait la Gironde. Ceux d’entre vous qui connaissent déjà cette vidéo auront le choix de la regarder de nouveau ou d’aller directement lire le texte situé en dessous d’elle et qui développe ce support audio-visuel.

Cet article est paru la première fois sur « agriculture-sauvage.com » le 15 novembre 2020. Je le réédite sur « livresquejaime.fr » car je vais bientôt fermer mon blog sur l’agriculture. Livresquejaime.fr me servira de plate-forme unique pour l’ensemble de mes articles écris depuis 1996.

Sommaire


Introduction

Tout commence avec une vidéo réalisée sur une mare pendant l’été 2020 où les conditions météorologiques furent particulièrement éprouvantes pour la Nature. En Gironde, depuis quelques années, le cycle saison sèche – saison des pluies semble s’installer et les animaux doivent s’adapter à ce changement.

L’une des vedettes de la vidéo n’est autre – n’était autre, devrais-je dire – que Fripouille notre oie si gentille. Vous aurez l’occasion de découvrir des photos qui vous montreront la proximité que nous avions réussie à établir avec elle.

Nous entrerons ensuite dans le vif du sujet en nous focalisant sur la mare au mois de novembre 2020. Puis nous expliquerons pourquoi notre choix s’est fixé sur une pelle et un seau plutôt qu’une pelleteuse pour approfondir la contenance de cette mare. Là, commencera l’initiation à l’Agriculture Sauvage.

Nous aborderons ensuite le thème de l’eau et les abeilles puis celui de l’importance d’une mare naturelle auprès des insectes qui viennent s’y désaltérer et auprès des cultures.

Nous nous intéresserons aussi au frelon asiatique qui vient y chasser et s’y désaltérer. Quelle abeille chasse-t-il aux abords de la mare ? La réponse n’est pas si évidente. Puis nous nous arrêterons quelque peu sur le rôle pollinisateur de ce frelon venu d’Asie.

Nous nous pencherons sur les animaux qui viennent coloniser la mare et évoquerons le rôle de la présence de la mare face aux animaux domestiques. Nous pointerons du doigt l’absence inquiétante de certains animaux ! Et nous terminerons sur une réflexion à propos des points d’eau et des moustiques.

Eau & Animaux : la vidéo

Une vidéo sur l’histoire d’une mare et des animaux qui en dépendent lors de la canicule de l’été 2020

Fripouille, l’oie vedette de cette vidéo

Un câlin avec une oie.
Un gros câlin avec Fripouille, l’oie – photo du 9 avril 2020

Mi septembre, Fripouille a été attaquée par un animal, certainement une fouine et malheureusement cette oie bien sympathique n’a pu être sauvée. La mare que vous avez découverte sur la vidéo fut le théâtre de scènes de complicité entre mes enfants, Fripouille et moi.

La mare au mois de novembre 2020

Voici l’état de la mare à l’heure où j’écris cet article. Les pluies sont arrivées dès l’automne cette année. Au mois de septembre j’ai dû m’absenter et j’ai donc arrêté de creuser la partie que j’avais prévue d’excaver. Peu importe, je continuerai en 2021 lors de la prochaine sécheresse.

Etat de la mare au mois de novembre 2020.
La mare le 12 novembre 2020 – Les pluies sont revenues.

La photo ci-dessous du 30 août 2020 est la dernière que j’ai prise pendant la saison sèche. La première semaine de septembre, j’ai continué à agrandir et approfondir la zone la plus basse mais j’ai dû m’interrompre.

Etat de la mare au mois d'août 2020 pendant la canicule.
La mare au 30 août 2020 – état critique de la mare suite à la canicule et la sécheresse.

Pourquoi choisir la pelle et le seau ?

Creuser une mare à la pelle.

Cette mare existait lorsque je suis arrivé ici en 2013. Elle s’asséchait rapidement car l’eau disparaissait sous le sable qui avait été déposé au fond de ce vaste trou pour y accueillir une piscine.

A gauche, photo du 21 avril 2020.

Lorsque j’ai commencé à dégager le sable pour creuser dans l’argile, je me suis entendu dire qu’il serait plus efficace de faire un trou à la pelleteuse !

Là commence l’initiation à l’Agriculture Sauvage

Pourquoi utiliser des tonnes d’acier qui devront se frayer un chemin jusqu’au trou alors qu’une pelle et un seau suffisent ?

Mais c’est évident ! argumente le néophyte. Une pelleteuse fait gagner du temps !

Le temps ! S’agit-il de ces instants d’éternité qui mis bout à bout forment les secondes et renvoient à la notion d’impermanence ?

En une ou deux heures, c’est terminé ! ça ne coûtera pas cher !

Pourquoi parler d’argent alors que creuser un trou pendant des mois ne me coûtera rien ?

Mais ça prendra des mois justement !

Une poule sur l'épaule près de la mare.

Oui ! Des mois et peut-être des années ! Encore ces instantanés où je serai dehors à respirer l’air extérieur et à recevoir les rayons du soleil, à écouter le vrombissement des abeilles, à prendre des pauses auprès des chèvres qui viendront demander des caresses, à servir de perchoir aux poules en manque de câlin, à observer l’accouplement des libellules.

Sur la photo ci-contre du 27 février 2020 où une poule apprécie mon épaule, on constate que la mare avait déjà sa surface définitive alors que j’avais à peine commencé à retirer le sable.

Sur la photo ci-dessous prise quelques jours avant, on comprend l’expression « sous le sable, l’eau » ! Bien que l’ombre soit absente de cette photo, vous pouvez facilement discerner le cratère qui accueillait une grande piscine.

Le cratère qui délimite la surface totale de la mare.
Le cratère qui délimite la surface totale de la mare

L’eau et les abeilles

Dans la vidéo, vous avez pu constater le rôle important de la mare pour de nombreux animaux, qu’il s’agisse des animaux de la ferme ou des animaux sauvages. Lorsque j’ai réalisé ce petit film, j’ai passé du temps au milieu des insectes. Les plus nombreux étaient les abeilles domestiques et les guêpes polistes. J’ai l’habitude de dire que les abeilles et autres insectes finissent par me connaître. En préparant ce papier, je suis tombé sur l’article d’un blog où l’auteur citait une étude de Martin GIURFA qui tend à prouver que les abeilles reconnaissent les visages. [Berger des abeilles]

Si les expériences menées sur la reconnaissance faciale par les abeilles vous intéresse, vous trouverez l’article écrit en anglais par un groupe de chercheurs dans la bibliographie. [AVARGUES-WEBER A.]

Attention : les piqûres d’abeille, de guêpe ou de frelon peuvent être mortelles en cas d’allergie. Ne vous amusez pas à les approcher comme je le fais dans ce petit reportage sur la mare.

J’ai remarqué que la présence des abeilles était intimement liée à la température extérieure. Lors des épisodes caniculaires, les abeilles étaient extrêmement nombreuses sur le point d’eau. A certains moments des prises de vue, il faisait plus de 40 degrés centigrades à l’ombre !

Une abeille.

Faisons appel à une métempsycose imaginaire et devenons abeille un court instant. Nous ressentons l’extrême chaleur des rayons du soleil qui traversent nos corps. Nous possédons différents moyens endogènes pour réguler notre température corporelle. Notre thermorégulation est efficace d’un point de vue individuel et ramène notre température interne vers 38 degrés centigrades. La température à l’ombre dépassant les 40 degrés, il nous serait fatal de rester au soleil. Mais l’individualité d’une abeille ne prime pas sur la colonie. Il faut aussi réguler la température de la ruche !

Or l’aération et l’eau sont les deux moyens que nous connaissons pour faire chuter la température à l’intérieur de notre habitat. Il n’est donc pas étonnant que nous soyons toutes regroupées autour de la mare et que nous profitions des coins les plus frais que nous procurent un morceau de bois, une anfractuosité ou tout autre obstacle qui arrête les rayons de notre soleil. L’eau sera vitale pour la ruche.

La transmutation terminée, nous pouvons reprendre notre corps ! Je pense que les regroupements serrés autour du point d’eau jouent aussi un rôle dans le refroidissement collectif extérieur à la ruche. La séquence sous le petit monticule d’argile comprise entre la minute 7’54 » et 8’06 » en est un exemple. J’ai pu aussi observer des regroupements importants avec un agglutinement d’abeilles impressionnant tant visuellement qu’auditivement.

De l’importance d’une mare naturelle

Dans un premier temps, nous nous intéresserons au rôle vital de l’eau puis nous nous interrogerons sur l’impact d’une mare sur les cultures.


Du rôle vital de l’eau

Voir toutes ces abeilles domestiques venir s’abreuver à la mare m’a rempli de joie. Je passais mon temps à les regarder attentivement. Comme je n’ai pas opté pour une bâche PVC – puisque cela aurait été incompatible avec l’Agriculture Sauvage – les animaux venant à la mare sont face à un élément naturel.

J’ai remarqué que la plupart des abeilles s’abreuvaient en se servant de la capillarité du sol. Les pattes sur le sol humide, elles arrivent à l’aide de leur trompe et de leur langue à aspirer l’eau en gardant les pattes au sec. Ceci serait impossible aux abords d’une mare créée à l’aide d’une bâche en polyéthylène ou à côté d’un bassin préformé. Un autre avantage d’une mare naturelle est qu’en se désaltérant sans s’approcher trop près de l’eau, les abeilles évitent les noyades. Certes, il m’arrive de trouver des abeilles tombées dans la mare mais le fait est assez rare. Lorsqu’une abeille se débat à la surface et que je suis présent, je lui propose mon index sur lequel elle monte et se sèche avant de prendre son envol. Jamais l’une d’entre elles ne m’a piqué mais ne le faites pas si vous êtes allergiques et si vous n’êtes pas en harmonie avec la Nature. J’accorde ma confiance aux abeilles alors que je ne me sens pas encore en totale harmonie avec les frelons. Avec eux, j’utilise un bâton pour les sauver de la noyade.

Il me vient à la mémoire une histoire que l’on raconte en Chine à propos d’un Maître et de son disciple. Ils se trouvent tous deux au bord de l’eau et un scorpion vient à se noyer. Le Maître plonge la main pour récupérer l’insecte afin de lui éviter la noyade. Le scorpion le pique et sous la douleur il le relâche. Le scorpion tombe à nouveau à l’eau. Le Maître ressaisit l’animal qui le pique une deuxième fois. Sous la douleur, le Maître fait retomber l’animal dans l’eau. La scène se répète sous les yeux écarquillés du disciple qui demande au Maître pourquoi il s’obstine à vouloir sauver le scorpion qui n’arrête pas de le piquer ! Le Maître lui dit alors que piquer est dans la nature du scorpion et que la sienne est d’aider celui qui en a besoin.

Le bâton est aussi une bonne option et je ne suis pas le seul à m’en servir !

Trois abeilles en train de boire.
Trois abeilles posées sur un bâton pour accéder à l’eau – image issue de la vidéo, été 2020.

D’autres insectes profitent des abords humides de la mare naturelle. La guêpe maçonne en est un bon exemple puisqu’elle vient chercher de quoi construire son « petit nid d’argile ou de boue » [CHINERY Michael (1986) 2012 : 240]. Peut-être avez vous remarqué le son caractéristique de cette guêpe lorsque j’approche la caméra de cet insecte ? Si vous entendez ce son particulier dans un bâtiment, vous pouvez être certain qu’un nid n’est pas loin. Comme le précise Michael CHINERY, il s’agit d’une guêpe solitaire.


Du rôle sur les cultures

Appréhender la Nature de manière holistique permet d’en entrevoir la complexité des liens qui unissent tous les acteurs biologiques et tous les éléments non biologiques. Cette petite mare a un impact géographique qui ne se limite pas à la surface de ce plan d’eau.

Il m’arrive de trouver des grenouilles ou des crapauds dans mon verger situé bien plus haut. J’y croise aussi de grandes couleuvres dont la présence me réjouit. En effet, le rôle des batraciens et des couleuvres est important quant à la chaîne alimentaire et au maintient de l’équilibre. Ce qui est vrai pour eux l’est aussi pour tout être vivant, aussi petit soit-il. Voici, à mon avis, deux lois naturelles qui régissent toutes vies :

  • Vivre, interagir, manger, évacuer, fertiliser et faire vivre autrui.
  • Mourir, être mangé, être évacué, servir de fertilisant, se faire absorber en faisant vivre autrui.

Lorsque ces deux lois naturelles sont admises, le rôle de chacun est essentiel à la Vie. Notez au passage que ce que nous appelons Vie n’est qu’un passage délimité entre le non-être et l’inerte (ici la mort). Si l’inerte est source de vie comme nous l’avons vue de la deuxième loi, il faut alors y inclure l’ensemble des éléments (composés chimiques naturels, minéraux etc.). Donc, si une mare accueille de la vie, alors elle contribue à fertiliser, à polliniser et à nourrir. Les interactions sont si imbriquées les unes aux autres qu’il est parfois difficile d’en schématiser les liens qui se bousculent.

Remarques sur le frelon asiatique

Je ne ferai ni le procès ni l’apologie du frelon asiatique : « Vespa velutina nigrithorax« . Cet insecte est maintenant chez nous, c’est tout. Alors apprenons à nous connaître.


Frelon asiatique versus Abeille

Lors de mes observations autour de la mare, j’ai été intrigué par la présence des frelons asiatiques. Vous avez pu découvrir dans la vidéo comment ils chassent tous les insectes présents avant de s’abreuver. Ils n’attaquent pas mais semblent bien dégager tout intrus se trouvant là où ils décident d’atterrir. Concernant les attaques pour emporter une abeille, par exemple, je n’ai pas pu filmer ces scènes et ce que j’ai vu mérite que nous nous y attardions à l’écrit.

J’ai remarqué que lorsqu’un frelon attaquait une abeille qui se désaltérait, il ne choisissait pas n’importe quelle abeille ! Les abeilles qu’il prélève semblent dociles ! C’est assez incroyable mais on penserait même qu’elles n’ont aucune réaction face à l’attaquant. Elles attendent et continuent de boire même lorsque le frelon les frôle. Nous pourrions presque penser qu’elles sont hypnotisées ou soumises ! C’est très intriguant !

J’ai aussi observé une attaque d’abeilles domestiques contre un frelon asiatique. Il s’agissait d’une attaque groupée et le frelon asiatique est tombé à l’eau ! Je suis vraiment désolé de n’avoir pu filmer cette scène pleine d’espoir pour nos abeilles domestiques. En effet, en Asie, les abeilles et ce fameux frelon coexistent et elles savent se défendre contre lui. Comme toutes espèces exogènes, végétales ou animales, introduites dans un milieu qui ne les attendait pas, il faudra du temps pour que le frelon asiatique trouve sa place et que son nouvel environnement l’intègre y compris dans ses mécanismes de défense. La temporalité humaine n’est pas en adéquation avec la temporalité de la Nature.

Une autre observation est la territorialité concernant l’endroit où l’on les frelons viennent boire. J’ai remarqué qu’à plusieurs heures et jours d’intervalle, la piste d’atterrissage d’un frelon asiatique était toujours la même à quelques centimètres près. J’ai pu déterminer la présence de différents frelons en observant leur atterrissage et leur provenance. Il y avait les frelons de l’Est et ceux du Nord. Vu leur corpulence, il m’était aisé de distinguer la direction qu’ils empruntaient pour rejoindre certainement leurs nids que je ne voyais pas puisqu’ils se trouvaient au delà de mon terrain.

Il y a comme un partage tacite de la mare entre les espèces. Ici, le territoire des abeilles, là celui des guêpes polistes ! Ce partage est évident sur certaines scènes de la vidéo. L’été prochain, je prendrai le temps de noter les heures et les températures sur plusieurs jours car il n’y a pas que l’espace géographique qui soit partagé mais aussi l’espace temporel. En fonction de l’avancée des heures, certaines espèces sont plus présentes que d’autres.

Le rôle pollinisateur du frelon asiatique

Potimarrons et courges.
Récolte 2020 des potimarrons – Echelle 10 centimètres
Fleur de néflier du Japon.
Fleurs du Néflier du Japon avec échelle 10 cm- 13 novembre 2020
Fleurs de néflier du Japon.
Fleur de Néflier du Japon sans échelle – 12 novembre 2020

Cette année, j’ai remarqué le rôle pollinisateur des frelons asiatiques, essentiellement sur les potimarrons et dernièrement sur les fleurs de néflier du Japon. Est-ce une coïncidence ? Les potimarrons sont originaires d’Asie et le néflier du Japon aussi. Et le moins que l’on puisse dire est que les fleurs femelles des courges ont été pollinisées ! Quant aux fleurs du néflier japonais, je vous annoncerai plus tard si elles ont été aussi bien traitées que les fleurs des potimarrons.

Les animaux aquatiques et la mare

Lors de la pérennisation d’une mare, le peuplement est rapide. Insectes aquatiques et batraciens viennent coloniser l’espace. Les poissons, quant à eux, sont la plupart du temps introduits bien qu’il arrive que certains s’établissent par leurs propres moyens ou par l’intermédiaire d’autres espèces. Pour ma part, j’ai choisi d’en introduire pour des raisons que nous verrons plus bas lorsque nous parlerons des moustiques en fin d’article.


Les insectes aquatiques

Les premiers insectes qui sont venus habiter la mare pendant que j’étais en train de la creuser furent les « punaises sus-aquatiques ou amphibies » [CHINERY Michael (1986) 2012 : 86]. Sur la page consacrée aux punaises sus-aquatiques, Michael CHINERY en cite cinq différentes. Je pencherais pour la Gerris lacustris sans en être certain.

Nous avons aussi noté la présence de « vers de vase« . Il s’agit du nom vernaculaire de la larve du Chironome (Chironomus plumosus) [BAENSCH-Hans-A 2002 : 730-731]. Quant aux larves de moustiques, une section leur est dédié dans cet article sous l’intitulé Points d’eau et moustiques.

D’autres larves n’ont pas été identifiées mais au fur et à mesure des articles à propos de la mare, il leur sera rendu justice.


Les batraciens

Une grenouille verte qui flotte.
Une grenouille verte (Rana esculenta) le 7 mai 2020 – pas d’échelle sur cette photo mais les fourmis sur le brin d’herbe donnent un repère de grandeur.

Les grenouilles et les crapauds ont été attirés par la mare lors de la période de ponte. Sur la photo ci-dessus, il s’agit d’une grenouille verte, Rana esculenta, qui selon Hans BAENSCH, est une « espèce indigène d’amphibien protégé qui ne doit pas être maintenue en captivité » [BAENSCH-Hans-A 2002 : 962-963]. Sur la photo ci-dessous, on découvre à quoi ressemble les chapelets d’œufs de grenouille ou de crapaud.

Œufs de crapauds ou de grenouilles.
Œufs de grenouille ou de crapaud – photo du 5 mai 2020


Les serpents

Peu de temps après la vidéo, une nouvelle venue s’est invitée dans la mare. Il s’agit d’une couleuvre à collier.

Pour l’anecdote, ma fille m’avait prévenue de la présence du serpent mais, quelques jours plus tard, je avais oublié la nouvelle venue. En allant à la mare et ne portant pas mes lunettes, j’ai cru apercevoir une corde qui flottait sur les herbes à fleur d’eau. Je me suis approché pour la retirer et tendant le bras, j’ai vu les yeux de la corde ! La couleuvre me regardait et comme j’étais calme, j’ai pu l’observer quelques instants. Elle ne s’est enfuie que lorsque j’ai quitté les lieux pour aller chercher mon téléphone portable pour la filmer.

Les animaux domestiques et la mare

Un chat et une poule qui boivent ensemble à la mare.
La mare, un espace partagé par les animaux domestiques- Photo du 2 juin 2020

Un point d’eau pour les animaux domestiques évite la corvée des seaux qu’il faut remplir souvent pour les poules et les chèvres ! La vidéo est assez explicite concernant l’importance de la mare pour l’ensemble des animaux. Je vous conseille de la visionner si ce n’est déjà fait.


Les grands absents de la mare

J’ai noté l’absence des bourdons cet été. Je n’en ai jamais vu aux abords de la mare et que très rarement sur le terrain. Est-ce dû aux températures estivales élevées ? Rares sont les causes isolées.

Les plus grands absents de cet été furent les oiseaux ! Me croirez-vous si je vous dis que seuls une pie et une tourterelle venaient boire à la mare ? Cette année est catastrophique pour les oiseaux, il serait temps de s’inquiéter et d’agir ! Les petits oiseaux insectivores sont certainement impactés par la diminution drastique des insectes.

Points d’eau et moustiques

Cet été, dans la petite ville à côté de chez moi, il y avait une campagne invitant les habitants de Créon à supprimer les points d’eau pour lutter contre les moustiques. Ce genre de campagne part d’un bon sentiment mais les moustiques ont leur rôle à jouer dans la Nature. Certes, la plupart des craintes sont associées au moustique tigre qui « dans certaines conditions très particulières [peut] être vecteur des virus de la dengue, du chikungunya et zika« . [Préfète de la Gironde]

Sur cette page intitulée « Surveillance du moustique tigre en Gironde« , vous pourrez trouver la liste des gestes nécessaires à la non prolifération des moustiques. Je vous conseille de la lire et de vous arrêter sur la description de ce moustique afin de mieux le connaître.

S’il est vrai que les eaux stagnantes sont les lieux de ponte de prédilection des moustiques, il serait catastrophique de supprimer tous les petits points d’eau des jardins sous prétexte de lutter contre les moustiques ! Il faut prendre le problème dans son ensemble, avoir une vision holistique et non une vue étroite qui mène toujours à un dérèglement et à l’erreur.

Ma démarche est donc inverse : il faut multiplier les points d’eau ! Mais pas n’importe quels points d’eau ! Il faut attirer les moustiques là où les prédateurs les attendent, là où leurs larves serviront de mets appréciés par certains animaux aquatiques.

Prenons l’exemple du paludisme. L’une des meilleures armes contre cette maladie transmise par des moustiques est un poisson : le guppy ! Si vous avez regardé la vidéo, vous avez aperçu quelques poissons que j’ai introduits dans la mare afin de lutter contre les moustiques : des gardons, des poissons bien de chez nous ! Et puis, une mare attire une grande alliée : la libellule. A l’état larvaire, la libellule est une bouche ambulante qui s’attaque aux larves de moustique comme aux têtards !

J’ai eu la chance de pouvoir observer ce joli mâle ci-dessous pendant plusieurs semaines. Il s’agit d’une libellule déprimée ou en latin Platetrum depressum [CHINERY Michael (1986) 2012 : 32-33]. J’ai constaté qu’il était territorial et que dès qu’une femelle survolait le plan d’eau, il s’accouplait en vol avec elle. Après accouplement, la femelle déposait ses œufs en plongeant l’extrémité de son corps dans l’eau par à-coups. C’est très intéressant à découvrir.

Une libellule déprimée posée sur un morceau de bois.
Photo prise le 7 mai 2020 – Platetrum depressum – Libellule déprimée mâle.

Conclusion

Dans la vidéo mise en ligne au début de cet article, nous avons pu mettre en lumière les problèmes liés à la sécheresse et à la canicule. Nous avons pu aussi mieux cerner le rôle de la mare pour les animaux qui en dépendent.

En débutant le corps du texte, nous avons appris le décès de l’oie qui animait plus d’une séquence de cette vidéo. Puis nous sommes passés à la réflexion sur l’eau et les animaux en débutant par le pourquoi du choix de la pelle et du seau. En effet, creuser à la pelleteuse peut paraître la solution idéale pour créer une mare alors qu’il n’en ai rien sous la lorgnette de l’Agriculture Sauvage. Nous n’avons même pas évoqué le tassement de la terre par une si lourde machine tant cela nous paraissait évident !

Nous avons choisi ensuite de nous intéresser aux nombreuses abeilles qui venaient s’abreuver afin de comprendre les enjeux de l’eau d’un point de vue individuel, pour la colonie et la ruche. Nous avons donc constaté que l‘eau faisait partie des éléments indispensables à la thermorégulation individuelle et pour la ruche toute entière.

Non seulement une mare naturelle attire les abeilles mais aussi toute une foule d’insectes et autres animaux qui profitent des abords boueux contrairement à une mare qui serait confectionnée à partir de PVC et à un bassin préformé. En nous penchant sur les impacts d’une mare sur les cultures nous avons mis en exergue la complexité des interactions et des liens qui unissent les acteurs et les éléments. Nous avons pu en dégager deux lois naturelles sur le cycle de la vie, cette roue qui nous unit.

Nous nous sommes ensuite arrêtés sur le cas du frelon asiatique et nous nous sommes aperçu que lors des attaques sur le point d’eau, il ne s’en prenait pas à n’importe quelles abeilles, mais bien aux abeilles qui semblaient ne pas réagir face au danger. Une note d’espoir est à signaler quant au comportement de certaines abeilles domestiques qui se sont rebellées contre l’ennemi venu d’Asie. Est-ce à dire que nos abeilles apprennent et qu’elles acquerront dans le futur un arsenal défensif pour contrer ce frelon comme le font leurs cousines asiatiques ? Nous avons souligné aussi le rôle pollinisateur du frelon asiatique et nous avons posé un début de question concernant la pollinisation de certains végétaux venus également d’Asie. Est-ce une coïncidence ou non ?

Puis nous avons citer en revue les animaux sauvages ou domestiques qui venaient s’abreuver sans nous y attarder puisque le film du début leur était consacré.

Lors d’une étude, « ce qui est présent » est aussi important que « ce qui est absent ». Or, nous avons malheureusement noté l’absence de certains animaux pendant l’été, essentiellement celle des oiseaux insectivores.

Pour finir, nous avons démontré que pour la chasse aux moustiques, la création de points d’eau vivants comprenant les prédateurs naturels du moustique était plus judicieux que la suppression des points d’eau. Naturellement, les petits points d’eau non naturels telles les soucoupes des pots de fleur ou la gamelle extérieure d’un chien sont à vider chaque jour pour éviter la prolifération de ces insectes.

Les moustiques, comme les autres acteurs, font partie du Tout et vouloir l’éliminer à grands coup d’insecticides ou en introduisant des spécimens génétiquement modifiés comme en Floride est une aberration ! La Nature est parfaite, vouloir la modifier ou la détruire est le déni de la complexité des liens qui nous unissent. En brisant un maillon, c’est la chaîne que nous recevrons en plein figure.

Patrick Le Chevoir

Bibliographie

Livres et articles papier

AVARGUES-WEBER A., PORTELLI G., BERNARD J., DYER A. et GIURFA M., 2010, « Configural processing enables discrimination and categorization of face-like stimuli in honeybees« , in The Journal of Experimental Biology, n°213, Published by The Company of Biologists Ltd, pp. 593-601

BAENSCH Hans A., PAFFRATH Kurt et SEEGERS Lothar, 2002, Atlas du bassin de jardin – Autour du bassin de jardin et de l’aquarium d’eau froide, Editions Mergus Verlag, Osnabrück, 1024 pages.

CHINERY Michael, (1986) 2012, Insectes de France et d’Europe occidentale, éditions Flammarion, Paris, 320 pages.


Articles sur Internet

BERGER Annick, 25 août 2020 à 14h38, « Pourquoi la Floride va lâcher 750 millions de moustiques génétiquement modifiés dans la nature« , in Capital.fr, Lien.

Berger des abeilles, 15 octobre 2014, « Les abeilles sont capables de reconnaître notre visage », in Le blog de abeilles-en-luberon, Lien.

JOURDAIN D., « Ce qu’il faut savoir avant de détruire un nid« , pdf de la page Frelon asiatique, in Les services de l’Etat en Gironde, Lien. Accès direct au document en format pdf : Lien.

Préfète de la Gironde, mise à jour du 12-12-2019, « Surveillance du moustique tigre en Gironde », in Les services de l’Etat en Gironde, Lien.

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