La lectrice

Cet article fut publié pour la première fois le 12 novembre 2008 sur mon ancien site dont je ne suis plus propriétaire.

Je réédite donc cet article car il explique en toute simplicité et sans détour la genèse d’un tableau : La Lectrice, une huile sur châssis à clef de 40 x 40 cm.

Pour ceux qui ne connaissent pas mon passé artistique, je ne peins plus depuis le décès de mon épouse survenu en 2012. Peu à peu j’ai laissé mes brosses et mes pinceaux calligraphiques prendre la poussière car le simple fait de les toucher ou de les évoquer me plonge dans l’angoisse.

Bonne lecture…

Genèse d’un tableau : La Lectrice

Il est très rare que je parte sur une idée précise lorsque je crée un dessin pour la réalisation d’un tableau. La plupart du temps, je pars d’une courbe que  » j’habille  » au gré de ce qu’elle m’inspire. Je ne cherche pas, à ce moment précis, à coller à la réalité. Je ne m’occupe pas non plus des problèmes de proportion. Je cherche avant tout une forme. Cette forme peut être une insignifiante partie du ou des dessins, courbes et traits qui se trouvent sur la feuille que je viens de noircir. Dès que je la repère, je sais que j’en ferai un tableau !

Au départ, cette forme est la plupart du temps une esquisse de la forme finale. Je la repère parce qu’elle me parle, parce qu’elle est signifiante. Voici la première feuille où j’ai repéré la forme pour le tableau intitulé « La Lectrice  » :

Premiers croquis qui constituent la genèse du tableau de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir) intitulé "La Lectrice" .
La première feuille où le tableau La Lectrice est devenu signifiant – LE Xiao Long – 2008

Le premier dessin que j’ai posé au stylo sur cette feuille fut le dessin central :

Le tout premier dessin de la genèse du tableau de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir) intitulé "La Lectrice" .
Premier dessin au stylo ayant donné l’idée du tableau La Lectrice – LE Xiao Long – 2008

J’ai d’abord posé les fesses, puis cassé le dos pour terminer par la tête. Puis virent les jambes et autres détails. Naturellement, je ne souhaite à personne de se retrouver dans cette position inconfortable voire impossible. Lorsque le dessin est fixé, je le regarde sous tous les angles. J’aurais pu aisément garder cette forme initiale pour en faire un tableau mais si j’avais gardé ce dessin global, je n’aurais obtenu qu’un effet esthétique. La recherche absolue de l’esthétisme se fait souvent au détriment de l’âme. Ce qui m’importe, c’est l’âme du dessin qui se trouve en puissance dans une courbe ou un trait. J’ai donc repéré la tête et les bras croisés. Il fallait faire ressortir l’âme de cette partie de l’esquisse :

La seconde esquisse du tableau de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir) intitulé "La Lectrice" .
Deuxième dessin au stylo à la recherche du tableau intitulé La Lectrice – LE Xiao Long – 2008

Sur ce deuxième dessin, j’ai donc repris la tête et les bras croisés. J’ai gardé un bout de fesses sur le côté gauche. Comme la position des fesses ne me plaisait pas, j’ai recommencé l’esquisse en positionnant les fesses à droite :

Le troisième dessin qui donna naissance au tableau de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir) intitulé "La Lectrice" .
Troisième dessin au stylo expliquant la genèse du tableau La Lectrice – LE Xiao long – 2008

A ce stade de l’étude, le trait du bras à droite s’est terminé par une légère courbe pour indiquer l’emplacement de l’épaule. L’âme du dessin se trouvait là ! Le dos et les fesses n’avaient plus de raison d’être. C’est aussi ici que j’ai vu que cette jeune fille était en train de lire… La Lectrice était née !

Le quatrième croquis du tableau de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir) intitulé "La Lectrice" .
Avec ce quatrième croquis les caractéristiques de La Lectrice s’affirment – LE Xiao Long – 2008

Sur la dernière esquisse, j’ai donc ajouté le livre, accentué les épaules, posé une jambe pliée à gauche. A suivi une série de croquis avec la pose de la seconde jambe :

Le cinquième dessin à propos du tableau de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir) intitulé "La Lectrice" .
Cinquième croquis : La Lectrice sur son tapis volant – LE Xiao Long – 2008

Sur le dessin ci-dessus, j’avais mon thème principal. J’ai rajouté simplement un tapis circulaire afin de reprendre les courbes des jambes et pour accentuer la notion de voyage. J’ai toujours rêvé étant gamin d’avoir un tapis volant !

Le sixième croquis du tableau "La Lectrice" de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir).
Sixième dessin, La Lectrice s’envole – LE Xiao Long – 2008

Sur l’esquisse suivante, le tapis s’est transformé en ailles de papillon. Les antennes et la queue n’était pas une bonne idée, j’avais l’impression d’être en face de la Fée Clochette !

Le septième dessin de LE Xiao Long (patrick Le Chevoir), un croquis qui donna naissance au tableau "La Lectrice".
Septième croquis à la recherche de la Lectrice – LE Xiao Long – 2008

Ici encore, j’ai récidivé avec la petite fée… mais j’ai abandonné l’idée de poser de l’écriture sur le livre. Ce livre aux pages blanches était plus propice à l’imagination et au voyage.

Huitième étape des dessins qui constituent la genèse du tableau de LE Xiao Long : La Lectrice.
Huitième dessin de la Lectrice et le début de l’impasse – LE Xiao Long – 2008

A partir du dessin ci-dessus, je me suis engouffré dans une impasse, oubliant une des règles à laquelle je tiens, à savoir : se maintenir à l’essentiel ! Mon erreur était de vouloir absolument souligner l’idée d’envol vers l’imaginaire en plaçant un décor en contre plongée sous le tapis… C’était une grossière erreur ! Voici les différents croquis résultants de cette erreur :

Neuvième croquis de "La Lectrice" une huile de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir).
Ce neuvième dessin s’éloigne de La Lectrice – LE Xiao Long – 2008
Dixième dessin concernant le tableau "La Lectrice" , une œuvre de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir).
Sur ce dixième dessin, les bâtiments sont remplacés par des livres – La Lectrice – LE Xiao Long

Dans les deux esquisses ci-dessus comme dans les deux suivantes, le thème central perd de l’importance au profit des détails secondaires.

Onzième croquis de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir) pour le tableau "La Lectrice".
Onzième croquis concernant le tableau La Lectrice – LE Xiao Long – 2008
Douzième dessin concernant "La Lectrice" de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir).
Douzième dessin qui résume l’impasse dans laquelle LE Xiao Long s’est engouffré – LE Xiao Long – 2008

Après les quatre dernières esquisses, je suis retourné vers le thème principal, mais sans aucune conviction :

Treizième esquisse du tableau "La Lectrice", une huile de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir).
Treizième croquis sans conviction, La Lectrice reste introuvable – LE Xiao Long – 2008

Ce dessin, où l’on sent ma fatigue et mon dégoût face à un mur que je n’arrivais pas à franchir m’a tout de même aidé à trouver un détail important : une légère inclinaison de la tête. J’ai donc retracé le dessin, la jeune lectrice avec un stylo, le reste au crayon :

Quatorzième et dernier dessin concernant le tableau "La Lectrice" de LE Xiao Long.
Quatorzième esquisse de La Lectrice – LE Xiao Long – 2008

L’heure d’aller chercher mes enfants à l’école ayant sonné, je rangeai mes croquis. Etant plutôt du genre têtu, hargneux, coléreux et j’en passe… ce dessin que je n’arrivais pas à faire sortir m’énervait ! Je déteste perdre… Vers 23h00 je me plongeai dans un bouquin sur la peinture afin de me calmer… Je me suis attardé sur les techniques des grands maîtres (Jan Van Eyck, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Titien, Rubens). A minuit, mon épouse voyant que je mettais mon chevalet dans la cuisine est partie se coucher. J’avais rendez-vous avec une jeune demoiselle, une lectrice et je m’étais juré de ne pas m’endormir avant de l’avoir vaincue !

1ère séance : réalisée le 22.10.2008 entre minuit et deux heures de matin

J’étais assez tendu devant ma toile blanche. Comme il était tard et que je voulais un combat rapide, j’ai décidé de ne pas reproduire de dessin au crayon sur la toile mais d’attaquer directement à la brosse en utilisant un mélange de blanc de titane et d’outremer foncé dilués à l’essence de térébenthine. J’ai donc peint tout le tableau en bleu en repensant à la technique du Verdaccio mais sans m’attarder sur les détails, simplement en plaçant les ombres.

Dès cette première couche terminée, j’ai travaillé le fond en un glacis rapide, comme s’il s’agissait d’un ciel en ajoutant une pointe de rouge cadmium foncé à l’outremer et au blanc, mais cette fois à l’aide d’un médium (essence de térébenthine et huile de lin).

Puis, j’ai peint les ombres de La Lectrice (blanc de titane, rouge cadmium foncé, outremer et jaune cadmium citron). Il me restait à peindre l’espace sous la demoiselle. J’étais face au mur que je n’avais pas pu franchir de la journée !

Une cigarette, un café et la solution était devant mes yeux ! La position et la forme de jambes donnaient l’impression de voler, d’être en hauteur, de flotter. L’espace peint à l’essence de térébenthine se trouvant sous La Lectrice était d’un blanc bleuté. Elle flottait sur des nuages ! Elle était là la solution ! J’appliquai donc de légères touches de glacis blancs, puis bleus et rouges pour les ombres ; puis un fondu entre le ciel et les nuages. De retour sur la lectrice, je plaçai la lumière en utilisant un peu plus de jaune dans mon mélange, puis j’accentuai les contours du premier plan (le visage, les avants bras) et les détails (sourcils, yeux, bouche, nez) à l’aide d’un marron provenant du même mélange que celui de la peau mais en utilisant des proportions différentes. A deux heures du matin, je signai le tableau… j’avais retrouvé mon calme et je pouvais me coucher ! J’avais capturé l’âme de la lectrice, mon travail était terminé.

"La Lectrice" après la première séance de peinture par LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir).
La Lectrice à la fin de la première séance de peinture – LE Xiao Long – 2008

Le 22 octobre 2008 au matin, j’ai pu regarder le tableau à la lumière du jour. Je n’avais rien capturé du tout ! Il me fallait une autre couche… le combat de cette nuit n’était donc que le premier round !

2ème séance de peinture, le 12.11.2008

Utilisation des mêmes tubes. J’ai retravaillé l’ensemble du ciel. Le visage (proportion et rendu) ne me plaisait pas, je l’ai changé et j’ai retravaillé l’ensemble du corps. Quant au nuage, j’ai surtout retravaillé le haut. J’ai modifié quelque peu les ombres du livre.

Le tableau "La Lectrice" et sa version définitive au bout de la deuxième séance - LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir).
La Lectrice version définitive à la fin de la 2ème séance – Copyright © Le Xiao Long All Rights Reserved.

J’ai bien cru à un moment que j’allais éclater la toile tellement j’ai piétiné pour replacer le visage ! Cela m’est déjà arrivé de balancer à travers la pièce une toile qui me tenait tête ! J’étais tenté mais j’ai tenu bon ! J’aime ce déséquilibre entre les deux jambes qui force l’œil à partir vers la droite du tableau. On retrouve ce déséquilibre sur les pages du livre, mais à l’inverse cette fois.

Détail du tableau "La Lectrice" de LE Xiao Long (Patrick Le Chevoir) - Le visage de la lectrice.
La Lectrice – détail – fin de la 2ème séance Copyright © Le Xiao Long All Rights Reserved.

J’ai bien fait de ne pas céder à la colère… Regardez comme elle a l’air calme et bien dans sa tête ! Finalement, c’est certainement La Lectrice qui a capturé mon âme !

LE Xiao Long – 12 novembre 2008

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