Akira MIZUBAYASHI – Petit éloge de l’errance

Article non sponsorisé

MIZUBAYASHI Akira, 2014, Petit éloge de l’errance, Editions Gallimard, Collection Folio 2 €, Paris, 136 pages.


Editorial : du choix d’un livre

Choisir un livre dans une librairie n’a rien d’anodin. Je suppose que la solitude m’oblige à réfléchir sur la moindre de mes actions et me force à ce monologue que j’imagine être un dialogue avec moi-même. Même un acte aussi simple que celui d’ouvrir une boîte de sardines me plonge au milieu des personnes qui ont vidé et mis en conserve ces petits poissons. J’adore manger l’arête centrale de chacune d’entre-elles et la nostalgie me renvoie à des souvenirs d’enfance où les vraies sardines en boîte avaient encore une queue, summum de la gastronomie sardinistique !

J’ai parfois l’impression que le Diable excentrique de Genki KAWAMURA est bien réel. Je le soupçonne d’avoir fait disparaître les queues des sardines mais aussi les pattes et la tête des poulets ! Que lui ai-je donc fait pour qu’il m’en veuille autant ! Pourquoi s’acharne-t-il sur des plaisirs gustatifs aussi simples que du beurre salé escamoté maintenant par du beurre demi-sel ?

Le Diable dont je parle fera certainement sourire. Mais méfions-nous de lui car pour choisir un livre dans une librairie ou dans une bibliothèque, encore faut-il que ce livre soit présent. Pensons-y ! Les cendres de l’autodafé de l’inquisition outre-Atlantique sont encore chaudes et les braises ne sont pas éteintes.

La première action à mener pour combattre ces brûleurs de livres, est d’éradiquer leurs termes exogènes pour les remplacer par des expressions ou néologismes français. En effet, en utilisant les leurs, nous nous abaissons à les accepter implicitement. Par contre, en les traduisant, nous formulons explicitement notre volonté de frontière linguistique : à partir d’ici, nous contrôlons leurs fantasmes et leurs concepts. Bienvenue en France !

Je ne parlerai donc plus de « Cancel Culture » ni de « Wokisme ou de Culture Woke » à partir de cet article que j’écris sur le livre de MIZUBAYASHI Akira. J’emploierai maintenant les termes d’Effacisme et d’Eveillisme. Notez que dans ces deux néologismes, le terme de culture a disparu car il s’agit de mouvances et non d’autre chose.

Heureux les simples d’esprit ! J’espère que nous sommes nombreux à être malheureux ! Souriez, souriez ! Le rédacteur de ce blog est-il devenu fou ? Non ! Lucide, c’est tout. Hier il n’y a pas que Tintin et Astérix qui furent jetés au bûcher. Les langues antiques, le Latin et le Grec, sont devenues ennemies de l’Effacisme. Et demain ? Ils s’en prendront à François-Marie AROUET puisqu’il a écrit « de l’esclavage des nègres » ? A Marcel MAUSS par ce qu’il est considéré comme le père de l’ethnologie en France ? A Jacques A. MAUDUIT pour son manuel d’ethnographie ? Lorsque que l’Eveillisme s’intéressera à nos calendriers, Juillet et Août seront bannis ! Jules, Auguste et les 10 autres Césars seront leur cible.

Aux vues de cette haine de l’Histoire occidentale et de ses livres, je conseille vivement aux apôtres de l’Eveillisme et de l’Effacisme de désapprendre à lire, d’abandonner les mécanismes de l’écriture et de former un nouveau peuple proto-historique. Mais, la rancœur des personnes ayant cru aux idéologies de gauche qu’ils ont vues s’effondrer une à une, déversent maintenant leur bile sur leurs anciens ennemis en s’accrochant aux branches de la déconstruction systématique et de l’extrémisme en inventant des concepts étonnants tels que racisés et racisation. Nous ne pouvons pas leur demander d’être des ethnologues.

Comme je l’écrivis dans mon dernier article sur la présentation du nouveau livre de ZEMMOUR Eric, nous devons affûter notre vigilance face à ce retour en force d’une gauche révolutionnaire déchue, désespérée et mue par un esprit de vengeance et d’amertume. L’Eveillisme et l’Effacisme semblent annoncer l’ultime bataille de ceux qui ne peuvent plus prétendre prendre le pouvoir aux nom du Marxisme ou autres idéologies désuètes d’extrême gauche. Je crains que cet ultime combat soit d’une violence inouïe et d’une perfidie sans égal.

Perfidie car elle s’insinue déjà en douceur dans notre quotidien par le biais des différents media tels que la publicité, le cinéma, la littérature, l’écriture, les séries et émissions télévisées.

La semaine dernière, en me baladant à Bordeaux, ville maintenant aux mains des écologistes, je fus surpris par une affiche qui annonçait « la journée du patrimoine et du matrimoine européen » ! Perfidie ! Ici les Eveillistes se servent de l’étymologie pour justifier l’opposition homme-femme. Quelle absurdité malsaine, aussi malsaine que leur écriture inclusive ou leur déformation de la langue française qui ajoute des « e » n’importe où. Dernièrement, dans deux ouvrages que j’ai lus, j’ai rencontré les termes de « auteure » et « autrice ». Je suis désolé de vous imposer ces deux orthographes qui déchirent les yeux. Les apôtres du genre ne comprennent rien à la langue française. Ce n’est pas parce qu’un terme est masculin qu’il désigne automatiquement un homme, la masculinité, la virilité etc. A croire que la notion d’homophonie et ses implications de genre n’a pas effleuré les esprits des Eveillistes ! Une hauteur, un auteur – une mère, un maire.

Que penser de ceux qui, au nom du genre, meurtrissent la langue française en ajoutant des « e » à la fin des mots à tout va ! Que comprendre de cette volonté de nos élites qui nous gouvernent et qui préfèrent l’Anglais au Français en retirant le « e » à « Passe-Sanitaire » ! Que dire d’une autre maladie graphique, l’écriture inclusive, qui ponctue la fin des termes en séparant de deux points le « e » situé entre un « é » et un « s » ? La conclusion est simple : le « e » pose problème !

Ici, je ne vois que l’humour pour répondre à ces trois formes d’ephobiphilie ! Aux premiers, je leur dirais de s’attaquer au genre de chaque terme de notre belle langue. Pourquoi une allumette est un terme féminin alors qu’on peut y voir un symbole phallique ! Vagin est un terme masculin et verge est féminin. J’aime cette inversion des genres dans le cadre des jeux sexuels : une fellation et un cunnilingus. La langue française est jouissive, ne trouvez-vous pas ? A notre gouvernement qui préfère les anglicismes, je lui propose une nouvelle graphie pour parler de notre président McRon leader de la startup Nation et adepte des task forces… Comment peut-on être aussi méprisant de la langue de Molière ! Quant aux gourous de l’inclusion, franchement, qu’ils se mettent au Morse et qu’ils cessent de martyriser notre Acide Désoxyribonucléique National !

Qu’il s’agisse de l’Effacisme ou de l’Eveillisme, ces mouvances proviennent de pays anglophones, le plus souvent USA et Canada (non le Québec), où l’opposition féminin-masculin n’est que rarement soulignée dans leur langue écrite et parlée. « The » et « a » peuvent se traduire par le, la, les, un et une. En polluant l’esprit de nos jeunes élites en les accueillant dans leurs Universités effacistes et éveillistes, le genre fort développé chez nous et hypertrophié chez eux devient une cible de prédilection. Cette volonté de déconstruire ce que nous sommes par le biais de la détérioration de notre langue doit nous révolter. Notre idiome mérite que nous nous battions pour sa sauvegarde.

Petit éloge de l’errance de MIZUBAYASHI Akira

Lorsque j’ai repéré ce livre parmi les autres ouvrages de la librairie, le nom de l’auteur à consonance japonaise m’a attiré. Puis, le titre « Petit éloge de l’errance » m’a poussé à l’extraire de l’étagère et à lire le texte de présentation de la quatrième de couverture.

Contrairement au roman de SUKEGAWA Durian « Les Délices de Tokyo » traduit du Japonais en Français, le « Petit éloge de l’errance » fut écrit en Français par un Japonais. Vous comprenez mieux maintenant la pertinence de l’édito à propos de la langue française. Je ne pense pas me tromper en écrivant que MIZUBAYASHI Akira est francophile ou tout du moins amoureux de la langue de VOLTAIRE (François-Marie AROUET de l’éditorial cité plus haut à propos d’un écrit sur l’esclavage).

Je reste toujours admiratif face à un étranger qui s’approprie notre langue et, qui plus est, l’utilise pour une production littéraire. Passer des Kanji, Hiragana, Katakana à l’écriture des Lumières est un grand écart que je ne peux que saluer.

Comme de coutume, je ne vous dévoilerai pas le contenu du livre de ce professeur de Français de Tokyo, mais j’essaierai de vous donner envie de le lire en vous le présentant.

La forme

Il s’agit d’un petit ouvrage de par le nombre de pages qui caractérise de la collection folio 2 € des éditions Gallimard. Nous ne pouvons qu’apprécier qu’un éditeur propose des courts romans ou autres écrits en format de poche à un prix accessible.

Ce livre commence par une petite biographie de l’auteur suivit de l’œuvre qui comporte une ouverture, quatre chapitres et un épilogue. Suivent ensuite deux pages où nous retrouvons l’ensemble des œuvres citées, qu’elles soient littéraires, musicales ou cinématographiques.

De formation scientifique, j’apprécie ce regroupement en fin de volume des œuvres rencontrées au fil des pages. Une bibliographie est un signe de respect face au lecteur qui souhaite se plonger dans la genèse des idées d’un auteur.

« Petit éloge de l’errance », une œuvre à découvrir

Arrêtez votre lecture ici-même, rendez vous dans votre librairie préférée et achetez ou commandez ce livre. Si vous ne souhaitez pas suivre mon conseil, continuez votre lecture.

Une ouverture surprenante

En découvrant le petit extrait choisi pour la quatrième de couverture, j’étais heureux d’apprendre que le concept d’errance allait tourner autour du déracinement volontaire afin de prendre de la distance face à sa propre identité de naissance et son identité nationale.

Pouvoir s’écarter de soi-même ne peut qu’attirer un ethnologue qui sait pertinemment qu’étudier l’Autre implique obligatoirement dans cette discipline des Sciences Sociales l’oubli volontaire de l’ensemble de ses propres concepts. Il s’agit là d’un exercice peu évident et parfois déstabilisant mais Ô combien nécessaire pour appréhender une autre culture afin de l’étudier.

En apprenant que MIZUBAYASHI Akira avait fait une partie de ses études en France puis avait enseigné notre langue au sein de différentes universités de Tokyo, nous pouvons mieux saisir la genèse de ce livre sur l’errance.

L’ouverture est surprenante ! L’auteur arrive par l’écrit à nous faire écouter les premières secondes musicales d’un film de Samouraï dont je tairai ici le titre et le nom du réalisateur. Si comme moi, vous êtes passionnés par les Arts Martiaux, vous serez emportés par la description minutieuse de ce vieux film dont le héro est un Rōnin, c’est-à-dire un Samouraï n’ayant plus de maître, un Samouraï que nous pourrions qualifier de errant considéré parfois comme déchu.

Cette introduction qui n’en porte pas le nom nous emporte, grâce à ce film en noir et blanc, dans une réflexion de l’auteur sur le Japon d’après guerre, ce Japon meurtri par les bombardements de Nagasaki et Hiroshima, ce Japon qui s’efforçait de reconstruire une identité.

Connaissez-vous le TLF, le Trésor de la Langue Française ? Il s’agit d’un dictionnaire en 16 volumes en version papier dont il existe une version sur Internet portant le nom de TLFi : Trésor de la Langue Française informatisée. Si je le mentionne, c’est que je me suis particulièrement régalé lorsque MIZUBAYASHI Akira ose rectifier et préciser la définition trouvée dans le TLF pour l’entrée du verbe « errer ».

J’espère déjà avoir déclenché en vous l’envie de lire « Le petit éloge de l’errance » ! Continuons…

Le premier chapitre sur les premières blessures

Après une ouverture sur arrière fond de Katana, MIZUBAYASHI Akira nous dévoile des épisodes de son vécu, ses blessures qui ont déclenché ce besoin d’errance. Deux blessures se déroulent dans une classe d’école primaire à Tokyo. A leurs lectures, de vieilles cicatrices vont certainement suinter voire se déchirer. Attention lecteur, vous êtes prévenus.

D’autres plaies sont relatives aux études et aux métiers de MIZUBAYASHI Akira, l’ensemble étant lié à la littérature française.

Si le lecteur a vécu de manière linéaire protégé des aléas de la vie, ce chapitre ne sera qu’un approfondissement de la biographie de l’auteur par le biais d’anecdotes qu’il finira par oublier. Par contre, si le lecteur a reçu la vie en pleine face, cette vie qui forge le caractère et la dureté au combat, ce premier chapitre suffit à lui-même pour découvrir ce texte de MIZUBAYASHI Akira. Poursuivons…

Le second chapitre sur le nationalisme japonais

Ici, je n’ai pas repris le titre du chapitre qui utilisait le terme « incorporations » au pluriel. Alors que l’ouverture nous plonge au début des années 1960 avec un film de Samouraï, que le premier chapitre nous dévoile des blessures intimes de l’auteur, ce nouveau chapitre nous parle, entre autres, d’une période bien précise d’un Japon expansionniste et totalitaire.

Ne serait-ce que d’un point de vue historique, cette partie intéressera le lecteur désireux d’apprendre sur cette période trouble et violente de l’histoire japonaise sur le territoire chinois. MIZUBAYASHI Akira glisse habilement le rôle et le ressenti de son père qui fut interprète pour l’armée impériale établie sur le sol de Mandchourie.

Le but n’étant pas d’écrire un résumé mais une présentation qui vous donne envie de lire « Le petit éloge de l’errance » , vous découvrirez par vous-même la position du père de MIZUBAYASHI Akira. Se reconnaît-il en Kaji, ce personnage qui refuse la barbarie qui s’abat sur les Chinois ? Ne soyez pas pressés, oubliez un peu cette notion d’immédiateté qui dévore notre époque et veut savoir sans comprendre.

Je suis étonné que l’auteur nous parle de Mandchourie en omettant de parler du Mandchoukouo. Cette omission ne doit pas être fortuite. La raison est-elle liée à l’utilisation de la langue française pour un public français voire francophone ? L’auteur reconnaît-il implicitement que l’histoire de la Chine et du Japon sont loin des préoccupations de notre Hexagone ? Simplifie-t-il pour mieux parler de la Chine ? Je ne me moque aucunement de MIZUBAYASHI Akira en déclarant cela, j’essaie simplement de comprendre. Peut-être que la non utilisation du nom Mandchoukouo s’appuie sur cette errance qui refuse l’établi, la convention.

Qu’il s’agisse des nattes blondes qui défient l’uniformité, de la description du drapeau japonais, du nationalisme exacerbé et meurtrier ou de la verticalité des rapports sociaux, MIZUBAYASHI Akira imprime sa différence par un recul systématique qui le mène à cette solitude, prix d’une liberté qu’il nomme errance.

Ce deuxième chapitre satisfera le lecteur avide de comprendre le Japon et la difficulté d’errer hors des sentiers battus.

De l’identité japonaise : troisième chapitre

Ici encore, je n’ai pas utilisé le tire d’origine du troisième chapitre pour le présenter. Les différents textes qui s’y trouvent sont stimulants pour l’intellect. Les textes bien construits et concis sont toujours appréciables même si certaines hypothèses explicitement ou implicitement présentées sont discutables. Discuter, ne serait-ce pas d’ailleurs le propre du Français, de « ce Gaulois réfractaire » qui titille jusqu’au plus haut sommet de l’Elysée ? Le livre sur l’errance de MIZUBAYASHI Akira s’adresse bien à nous, les héritiers de la Révolution de 1789 ; la page 85 où l’auteur nous questionne ne fait aucun doute sur la destination de l’ouvrage.

Autant les romans aux longues et ennuyeuses descriptions m’agacent, autant les textes concis, que je qualifierais presque de chirurgicaux, d’essence, de concentrés d’idées sont agréables à lire et surtout à relire. En effet, la sémantique, la ponctuation, la graphie même, forment un tout où chaque partie est choisie avec tact. Ce troisième chapitre en est un bel exemple.

L’auteur nous plonge au cœur de l’identité japonaise qu’il a décidé de nous présenter sous les termes de communauté nipponne. En très peu de pages, nous sommes projetés dans ce monde du Soleil Levant, ces îles lointaines, si lointaines pour nos concepts occidentaux ! Ici, la dualité de l’auteur, ce spécialiste de Rousseau, est à son paroxysme. Peut-être devons-nous être amoureux d’une autre civilisation que la nôtre pour mieux apprécier ce chapitre ?

MIZUBAYASHI Akira nous confronte dès le début à un concept japonais que vous découvrirez et qui vous sera impossible d’oublier. Pour l’auteur, ce terme nippon qui ouvre ce nouveau chapitre – et qui le clôt d’ailleurs – résume assez bien le poids de l’identité japonaise qui ne s’adresse qu’aux Japonais.

Cet entre-soi, où le présent s’érige aux dépens de ce qui fut et sera, est décliné point par point en analysant méticuleusement les éléments constitutifs de la culture japonaise. Sémantique, Linguistique, Histoire, Constitution, Arts, etc. MIZUBAYASHI Akira nous éclaire sur les mécanismes du conformisme où l’individu n’est qu’illusion.

Cette démonstration s’appuie essentiellement sur deux périodes historiques, celle comprise entre 1890 et 1945 et celle comprise entre 1947 à nos jours. Ces deux temporalités régies par deux Constitutions opposées donnent l’occasion à MIZUBAYASHI Akira de s’interroger sur la métamorphose de ses contemporains insulaires.

Je ne peux être plus précis sous peine de vous dévoiler le contenu du livre de MIZUBAYASHI Akira. Mais si souhaitez vous plonger dans l’Histoire du Japon, surtout celle qui se situe avant et après les deux explosions atomiques, ce troisième chapitre vous donnera des clefs importantes pour vos autres lectures sur l’Archipel nippon. MIZUBAYASHI Akira pousse l’analyse politique du Japon actuel en s’appuyant sur la catastrophe de FUKUSHIMA. La description factuelle qui en découle est sans appel.

En dressant un portrait positif de cet ouvrage, je n’affirme pas que les thèses ou les idées de MIZUBAYASHI Akira sont toutes justifiées mais elles émanent d’un auteur qui s’est construit en absorbant une autre culture. Il s’agit là d’ailleurs d’une autre lecture que je vous conseille de mener tout au long de cet ouvrage. Le penseur qui tend un fil entre deux horizons se retrouve de fait funambule malgré lui. Là réside une partie de cette errance de MIZUBAYASHI Akira.

Dernier chapitre sur les errances célèbres et l’épilogue

Le quatrième chapitre dénote un peu des autres. Je l’ai ressenti comme coupé en deux parties, l’une écrite par le professeur spécialiste de Rousseau et l’autre sous le pinceau des précédents chapitres.

Il existe un écueil lors d’une recherche, aussi sincère qu’elle puisse être. Cet écueil se résume en cette volonté, le plus souvent inconsciente, de vouloir tirer vers sa thèse, ses idées, tout un ensemble d’éléments, même ceux qui semblent forts éloignés, aux dépens d’un autre éclairage qui les auraient réfutés. C’est humain.

Sans dévoiler l’épisode sur Rousseau qui fait le bien sur un marché (pp. 93-94), j’opposerai à l’émerveillement de l’auteur, un principe simple : le bien ne se vente pas, il se réalise. Mes paroles sont dures mais sincères. Peut-être suis-je un autre funambule errant entre deux cultures. Qui dit funambule, implique une direction. A mon avis, l’important est la chaîne positive que la bonne action entraînera, non l’action en elle-même. Telles des ondes sur un lac provoquées par le lancer d’une pierre à la surface de l’eau, le projectile coule et s’efface mais l’onde persiste. Comme je l’affirme au début de la présentation de ce blog, « nous ne sommes que de passage mais nos actions, bonnes ou mauvaises, nous survivent à travers les générations que nous ne connaîtrons jamais.« 

La seconde partie de ce dernier chapitre qui nous emmène au Japon au travers des films est plus vivante. Cependant la thèse concernant un célèbre film de KUROSAWA Akira à propos des Rōnin au nombre de sept et l’idée de République me laisse dubitatif. A mon avis, Rōnin n’est pas synonyme de renversement des valeurs et l’absence du concept d’honneur dans l’écrit de MIZUBAYASHI Akira me dérange un peu. L’honneur n’est pas une valeur morte mais seulement endormie chez le Samouraï déchu, le Rōnin finira par mourir les armes à la main. Je vois même en lui l’idée du sacrifice pour dénoncer les erreurs de ceux qui déshonorent les codes moraux et martiaux. Autre vision, autre fil tendu.

L’ouvrage se termine sur un épilogue qui insiste sur les murs que constituent une culture que nous pourrions qualifier de naissance et sur la manière de les franchir par l’acquisition d’une autre langue issue d’une culture exogène.

Critique et limites du livre de MIZUBAYASHI Akira intitulé « Petit éloge de l’errance »

La séduction est au rendez-vous dès les premières pages : il s’agit d’un ouvrage très bien écrit – fait assez rare pour être signalé – et d’une réflexion philosophique et politique sur la notion d’errance que l’auteur définit comme un cheminement solitaire dû à la non acceptation de l’enfermement national accepté par une majorité silencieuse.

MIZUBAYASHI Akira est un Rōnin qui s’est approprié avec élégance notre langue, le Français. C’est justement cette double identité, l’une natale, l’autre d’adoption, qui permet à l’auteur d’amplifier cette errance. Nous pourrions même parler de délivrance acquise grâce à une langue et une culture où la Déclaration des Droits de l’Homme est née.

Lorsque j’achète une œuvre et que l’auteur est Japonais, j’espère toujours apprendre de cette culture insulaire. Je n’ai pas été déçu par mon choix car les aller-retour entre l’Occident et l’Orient ont été source de découvertes sur l’Histoire du Japon et sa sphère culturelle. L’ethnologue a été comblé, le Français agréablement surpris.

Certaines thèses avancées par MIZUBAYASHI Akira sont discutables mais toujours intéressantes. La discussion critique est le fruit de mon intérêt pour le « Petit éloge de l’errance » :

Un terme récurrent, celui d’individu, me gène beaucoup. L’individu ne mène qu’à l’individualisme et à ses dérives. Si le Monde Japonais écrase l’individu, l’individualité poussée à outrance pulvérise la notion de collectivité. Lorsque nous découvrons une culture qui nous émerveille, nous sommes souvent éblouis voire aveuglés. Les funambules que nous sommes sont reliés à deux points distants. Il nous manque des ailes pour prendre de l’altitude afin de quitter ce cordon ombilical national et d’adoption. Icare ne nous contredira pas.

Au terme d’individu, je préfère celui de personne. Un individu est interchangeable, une personne a une histoire, un vécu. L’ethnologue refait surface mais l’individualisme ne fait pas société. Les dérives d’Effacisme et d’Eveillisme dénoncées dans l’éditorial est la parfaite illustration des individualités poussées à l’extrême.

Je saisis la notion de diversité des voix chère à MIZUBAYASHI Akira, mais je tiens à préciser que la diversité des voix ne peut être que par la diversité des cultures et que les cultures naissent au sein de groupes liés à une aire géographique. L’humain est un être spatio-temporel. Si une culture venait à supplanter les autres à l’échelle mondiale, si elle aboutissait au nivellement culturel, nous ne pourrions plus parler de diversité. A méditer…

Les extrêmes, ceux dénoncés dans le livre de MIZUBAYASHI Akira et ceux pointés du doigt dans mon éditorial s’intéressent étrangement à l’Histoire. L’extrémité dont parle MIZUBAYASHI Akira souhaite la figer, son opposé présenté en début d’article affiche la volonté de l’anéantir.

Patrick LE CHEVOIR

3 commentaires sur « Akira MIZUBAYASHI – Petit éloge de l’errance »

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