Les Portes se ferment sur la Paix céleste : 天安門

Tian an men, le 4 juin 1989.

Voici une réflexion sur les événements de Tiananmen et une présentation de l’ouvrage de CAI Chongguo intitulé « J’étais à Tian’anmen » .

Référence bibliographique

LE CHEVOIR Patrick, 2022, Les portes se ferment sur la Paix céleste : 天安門, in livresquejaime.fr


Auteur

LE CHEVOIR Patrick (1964)

Domaines

Chine – Histoire


Article non sponsorisé

Année 2022

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Des maux d’estomac

Il existe des sujets que je ne peux aborder sans crainte. Ils me tiennent tellement à cœur que les sucs gastriques m’obligent à des pauses lors de mes lectures. Tiananmen fait parti de l’un d’eux.

L’ouvrage de CAI Chongguo est composé de petits chapitres datés par ordre chronologique croissant. Connaissant la fin tragique de ces étudiants chinois, plus les pages s’approchaient de la date du 4 juin 1989, plus mes pauses étaient nombreuses. Certaines cicatrices ne se referment jamais. J’éprouve le même dégoût pour les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par ces fanatiques de l’Islam et pour ceux qui suivirent en France quelques années plus tard. Idem concernant la destruction des grands bouddhas par les attardés de Talibans. Il ne faut pas avoir peur de nommer un chat un chat. Je n’aime ni les dictatures communistes, ni les Islamistes, ni ceux qui les soutiennent.

La Paix céleste n’est pas terrestre

Début juin 1989, une gigantesque place de Pékin fut tristement célèbre dans le monde entier. La place Tiananmen 天安門 se teinta alors de rouge. Les âmes des étudiants déchiquetés sous les chenilles des chars et sous les balles de l ‘Armée populaire resteront à jamais sur cette place nettoyée et réparée rapidement.

Malgré la volonté du Parti communiste chinois d’effacer totalement de l’Histoire de la Chine le massacre de la place Tiananmen, malgré les menaces envers les acteurs de ce mouvement estudiantin sans précédent, certains jeunes de l’époque se sont dressés pour témoigner au péril de leur vie.

L’année dernière, j’avais écrit un petit texte intitulé « Ecoutez ce silence » en hommage à LIU Xiaobo et aux victimes de Tiananmen. Cette année, je suis un peu en retard pour vous présenter l’ouvrage de CAI Chongguo… désolé.

En 1989 CAI Chongguo était alors « professeur et étudiant en doctorat » à Wuhan 武漢市 [CAI Chongguo 2009 : 43]. Lorsque le 19 mai, il part pour rejoindre les étudiants sur la place de Pékin, sa vie ne sera plus jamais la même.

Vingt ans plus tard, CAI Chongguo nous offre un récit clair et précis des événements de Tiananmen. Ce livre témoignage est remarquablement humain et touchant. Lorsque la simplicité saisit l’âme du lecteur, l’auteur a atteint son objectif.

CAI Chongguo 蔡崇國 (1955)


CAI Chongguo 蔡崇國, 2009, « J’étais à Tian’anmen » , Editions L’Esprit du Temps, collection Textes Essentiels, Le Bouscat, 95 pages.

N.B. : Les éditions « L’Esprit du Temps » se nomment maintenant Editions des Soixante.

Pouvons-nous comprendre Tiananmen ?

Cette question semble étrange a priori. Mais, honnêtement, sommes-nous capables, en tant que Français, de comprendre les événements de la place Tiananmen ? Nous pouvons souffrir, éprouver de la compassion, être révoltés mais sommes-nous à même de saisir ce mouvement étudiant hors norme ?

Tiananmen est un puzzle titanesque qui souffre du poids de l’absence irrémédiable des disparus et de l’amnésie orchestrée de DENG Xiaoping à XI Jinping. Ce puzzle aux pièces tâchées de sang est la résultante du 4 juin 1989. Mais qu’est-ce que ce mouvement empli d’espoir de la jeunesse chinoise et soutenu par la population ? Qu’est-ce qu’être Chinois de 16 à 30 ans en 1989 ? Qu’est-ce qu’être un jeune étudiant dans une Chine communiste qui semblait s’ouvrir sur le monde avant que les Portes de la Paix céleste ne se referment ?

« J’étais à Tian’anmen » de CAI Chongguo donne des débuts de réponses à ces questions importantes pour comprendre pourquoi tant d’étudiants se sont retrouvés sur cette place aux dimensions hors normes.

Tian an men, le 4 juin 1989.
Tiananmen, le 4 juin 1989.

« J’étais à Tian’anmen » : un livre et un auteur à découvrir absolument

La proximité avec l’auteur est réelle lors de la lecture. Aucune fioriture, une écriture simple et limpide nous attends à chaque page. Pour les moins jeunes d’entre nous, 1989 c’était hier. Quant aux plus jeunes, c’est un autre siècle. Mais pour un buveur de thé qui se joue du temps, 1989 est toujours présent.

Il faudrait être insensible pour ressortir intact après lecture de cet ouvrage. C’est l’histoire d’une vie qui aurait pu être autre, voire facile et qui se trouve mêlée au destin tragique des étudiants chinois. Tragédie en plusieurs actes : espoir, crainte, ahurissement, fuite et exil.

Projeté à travers cet épisode sanglant de l’Histoire de la Chine, le lecteur découvrira la signification du terme « courage » . Les amateurs de thé qui savent que le hasard n’existe pas ne seront pas surpris d’apprendre que CAI Chongguo est arrivé en France le 14 juillet 1989.

L’auteur, recherché et traqué, a tout quitté et a décidé de rester vivre dans notre pays. Son choix est noble et je n’en dirai pas plus car il est inutile de paraphraser son écrit. Allez à la rencontre de cet ancien professeur de philosophie devenu dissident politique réfugié en France et… qui était à Tian’anmen !

Patrick LE CHEVOIR

31-12-2022


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Patrick LE CHEVOIR
Patrick LE CHEVOIR

Mon DEA d’Ethnologie m’a ouvert les portes de plusieurs domaines : l’Anthropologie Sociale, l’Histoire, l’Art, la Rédaction, l’Agriculture et la Politique.

Publié par LE Xiao Long - Patrick Le Chevoir - 樂小龍

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